Au CES Las Vegas de ce début d’année, les objets connectés ont évidemment été les rois. Parmi la myriade de produits plus ou moins utiles, ceux liés au secteur de l’automobile se sont fait remarquer. De nombreux services d’aide à la conduite, de tableaux de bord ainsi que des concepts cars bourrés d’innovations technologiques ont été présentés. L’acronyme ADAS (“Advanced Driver Assistance Systems”) regroupe toutes ces innovations, et notamment celles capables d’influencer la voiture en mouvement : entre dépassement automatique et pilotage à distance, les aficionados des engins à 4 roues devront bientôt venir à Las Vegas plutôt qu’à Detroit ou Porte de Versailles !

Un tableau de bord très convoité

Depuis K2000, on sait qu’il est possible de parler à sa voiture  sans être ridicule… Mais avant que notre voiture nous réponde, il faut bien sûr avoir mis une brique d’intelligence, souvent située sur le tableau de bord. Cet élément est donc central dans le jeu d’acteurs autour de la voiture connectée.

Certains constructeurs tels que General Motors ou Ford se sont aventurés dans la mise en place d’une plateforme d’applications dédiée aux voitures, avec respectivement OnStar MyLink et Sync AppLink. Cette stratégie de walled garden d’applications est difficile, car ce type de services ne correspond pas à leur cœur de métier et évoluent très rapidement sur les autres écrans (ordinateur, smartphones, tablettes).Onstar vs Apple Dashboards

 Tableaux de bords : GM OnStar VS Apple CarPlay

De fait, Apple et Android ont chacun déployé des solutions dédiées à l’automobile, telles que nous les avions décrites ici. Ils apportent processeur, connectivité et écosystème de services de manière très simple et flexible. Le principe clé est de se contenter de projeter l’OS du smartphone vers l’écran du tableau de bord, avec une adaptation de l’ergonomie. De cette manière :

– La portabilité des applications est facilitée,  avec peu de développements pour être présent sur un nouvel écran (à l’image des smartwatchs avec Android Wear).

– L’évolutivité est essentiellement portée par les smartphones : moins de risque que ma voiture ou mon tableau de bord soit complètement dépassé en 1 an ou 2.

– La connectivité est assurée par le smartphone et non par un abonnement dédié à la voiture, ce qui réduit les coûts.

Les constructeurs sont toutefois loin d’avoir complètement perdu la main. Au delà du choix de compatibilité avec Apple CarPlay et Android Auto, de continuer seul ou de combiner ces solutions, les données les plus sensibles restent leur chasse gardée. Celles-ci  doivent être partagées de manière très contrôlée pour éviter de dangereux piratages. Au delà de la sécurité, en utilisant ces données en interne ou en monétisant la fourniture d’APIs à des tiers de confiance, les constructeurs peuvent donner naissance à des expériences particulièrement intégrées (faire varier le style de musique selon le contexte de conduite par exemple).

GM OnStar app

Ex : application GM OnStar Android pour suivre la batterie du modèle EV (électrique)

Au delà des plateformes logicielles et des constructeurs, les accessoiristes ont aussi un rôle à jouer. Ils cherchent notamment à tirer parti de la prise OBD (On Bord Diagnostics), présente dans tout véhicule depuis 1996. Xee, Drust (en France) ou Dash proposent des solutions basées sur ces données, avec des applications aussi bien destinées aux particuliers (secours, optimisation de la conduite…) qu’aux gestionnaires de flotte (suivi de la consommation, géolocalisation…).

Xee apps

Ex : Ecosystème d’applications autour de la solution Xee 

Au final, toutes ces solutions mettent en place un cœur informatique dans la voiture, plateforme de départ pour de multiples services. Les constructeurs gardent la main sur les fonctions clés de la voiture, mais peuvent déléguer aux spécialistes logiciel les services communs, notamment la communication et le divertissement à bord.

Un fait assez inattendu permet cette percée en termes de compatibilité : plus d’une quarantaine de constructeurs ont leur système de bord basé sur QNX (qui appartient à Blackberry), qui sert désormais de middleware pour permettre aux différents systèmes de communiquer.

Le contrôle à distance et le véhicule autonome pour aller plus loin

A partir de cette capacité de collecter, analyser et diffuser des informations dans la voiture, les acteurs du monde de l’automobile ont imaginé de très nombreux services, utilisables que l’on soit ou non dans la voiture. Pour l’aide à la conduite, on peut lister le dépassement automatique, l’arrêt automatique sur la bande d’arrêt d’urgence ou le freinage automatique comme solutions opérationnelles : la combinaison de tous ces services amène en toute logique à la voiture autonome de Google. Pour les autres services, le remplacement de la clé par le smartphone pour l’ouverture des portes et le démarrage de la voiture, le stationnement automatique via des applications ou encore le déclenchement du dégivrage à distance sont proposés.

Pour permettre ces services, il faut numériser l’environnement de la voiture, et donc se munir d’une multitude de capteurs. Ainsi, Audi a combiné jusqu’à 16 capteurs (lidar – télédétection par laser -, caméra, radar ultrasons) sur son concept car du CES, pilotable avec une smartwatch LG. Chaque capteur permet de saisir une dimension de l’environnement, que ce soit la température, les obstacles à grande et longue distance, de jour comme de nuit, l’état du chauffeur, l’analyse des panneaux de signalisation et l’état des différents composants de la voiture.

Garantir une fiabilité sans faille sur ces services nécessite une très forte intimité avec le système cœur de la voiture, et les normes de sécurité drastiques : CarPlay et Android Auto sont donc ici hors jeu (pour l’instant). En dehors des constructeurs (concept F015 Luxury In Motion de Mercedes, Golf R Touch et ses 3 écrans tactiles, le commercialisé BMW Connected Drive), on trouve des offres des accessoiristes (Valeo InBlue, Parrot RNB 6…), ce qui s’explique par leur profonde connaissance du secteur.

 

L’automobile, environnement historique de haute technologie, poursuit donc sa mue en véritable ordinateur roulant, ouvrant le champ des possibles et le jeu d’acteurs autour de ce secteur économique majeur.

La Google Car (ou les récentes rumeurs autour de la iCar…) est le symbole évident des géants du web s’intéressant à l’automobile. L’installation récente de Ford dans la Silicon Valley est l’autre versant : les constructeurs ne peuvent plus se permettre de ne fournir qu’un assemblage de composants matériels, ils doivent également se saisir d’une partie “services logiciels” de plus en plus importante. C’est ce que confirme le Vice Président de Ford Raj Nair lorsqu’il annonce : “ the car is the biggest consumer electronics device you’re going to own”.

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