La fréquentation des aéroports français est en constante augmentation : d’après l’Observatoire de l’Aviation Civile français, elle a augmenté, en moyenne, de 3,8% par an depuis 1986. Ce lieu de passage doit jongler entre volume de passagers, qualité de l’expérience client, sécurité et optimisation des performances opérationnelles. Une équation complexe que les nouvelles technologies visent à simplifier en rendant les aéroports « plus intelligents ». Tour d’horizon.

La sécurité, axe d’innovation majeur

Depuis 2001, la sécurité dans les aéroports est devenue un sujet très sensible. De lourdes précautions ont été prises, génératrices de nouveaux gestes métiers pour les agents de sécurité et donc de files d’attentes. Pourtant, l’optimisation des contrôles est primordiale dans la mesure où ils ont souvent lieu deux fois : à l’entrée dans l’aérogare et avant l’accès aux portes d’embarquements. Un second enjeu est le respect de la vie privée, comme le prouve la polémique liée aux scanners nouvelle génération utilisés dans certains aéroports américains.

L’innovation permet d’apporter des réponses originales à ce double enjeu. Ainsi, de nouveaux systèmes sont mis en place, comme le Qylatron, scanner automatisé et en self-service. Ce système permet d’accélérer les tests (jusqu’à 5 personnes simultanément) tout en assurant l’anonymat grâce au recours à une intelligence artificielle. En cas de situation à risque, un agent de sécurité prend alors le relai. Ce système, testé lors de la coupe du monde de football au Brésil, a permis d’éviter des fouille manuelle parfois désagréables et arbitraires. Néanmoins l’automatisation des tests pose la question de l’adaptabilité de ces appareils aux nouvelles menaces planant sur le transport aérien.

L’optimisation des activités d’exploitation au cœur des développements actuels

Les efforts sont également concentrés sur des projets visant l’amélioration des Smart airportsperformances. Sur l’axe des coûts de fonctionnement, ce sont les dépenses énergétiques qui font figure d’épouvantail. Les aéroports représentent des volumes importants à chauffer et à climatiser. L’Union Européenne a décidé d’intervenir dans ce domaine, en finançant notamment le projet Cascade. Ce dernier consiste à doter les systèmes de chauffage et de climatisation existants de « capteurs et compteurs qui viennent ensuite alimenter une base de données centrale ». Cette dernière permet ensuite de mieux piloter la maintenance et réaliser des économies importantes : le système est actuellement en test dans les aéroports de Fiumicino à Rome et de Malpensa à Milan et permet d’économiser 42 tonnes de CO2 et 840 000 euros par an.

Les aéroports réfléchissent également à insuffler plus d’intelligence dans les services qu’ils proposent à leurs usagers, comme les parkings par exemple. Ainsi Aéroports de Paris a lancé en 2014 un appel à Innovation afin de déployer une solution décisionnelle sur leurs parkings. L’idée est de déployer un mode de facturation inspirés du yield management qui permette d’optimiser le taux de remplissage en période creuse et de générer plus de marge en période de forte demande.

Une information client tirée par le principe de l’ATAWAD : Any Time, Any Where, Any Device

Depuis le développement des smartphones, les passagers attendent de leurs compagnies aériennes et des aéroports un accès à l’information permanent, clair et en mobilité. Cette attente est théorisée dans l’approche ATAWAD (Any Time, Any Where, Any Device). En conséquence, de nombreux projets ont vu le jour, avec, notamment, le développement d’applications dédiées. A titre d’exemple, les applications crées par Aéroports de Paris ou par les aéroports de Dubaï donnent accès aux informations d’embarquement des passagers, mais également à d’autres informations pratiques telles que l’emplacement des parkings, des points d’accès à internet, etc.

L’étape suivante réside dans le lien à réaliser entre cette information et l’environnement physique de l’utilisateur, c’est-à-dire proposer aux voyageurs une information contextualisée, voir même personnalisée en fonction de leurs comportements et de leurs envies. Pour y répondre, des expérimentations sont lancées, en s’appuyant sur de nouvelles technologies. Ainsi l’aéroport international de San Francisco a mis en place un réseau de beacons connectés via bluetooth aux smartphones des usagers afin d’émettre des messages vocaux, notamment pour l’orientation des personnes malvoyantes.

Des projets aux enjeux multiples

Enfin, certaines innovations permettent de rendre service à plusieurs parties preApplications mobilesnantes. L’exemple des portes automatiques de l’aéroport d’Hearthrow en est une parfaite illustration : le passager, en scannant sa carte d’embarquement aux portes, reçoit alors des conseils en fonction du temps restant avant sa montée dans l’appareil. S’il se trouve à une borne éloignée de sa zone finale, celle-ci leur indique la route la plus rapide. Si la situation est encore plus tendue, un accès prioritaire aux zones de sécurité est même prévu. Dans le pire des cas, si la position géographique de l’usager ne lui permettra pas d’atteindre son avion à temps, la compagnie est alors prévenue et peut décharger les bagages associés. L’avion décolle alors à l’heure et le passager est repositionné dans l’avion suivant. Cette innovation permet à la fois d’accompagner l’usager de bout en bout, mais également de rendre service aux compagnies aériennes en sécurisant un peu plus le taux de rotation de leurs appareils.

Un existant inégal entre les aéroports

La disponibilité d’une connexion internet est aujourd’hui encore l’une des contraintes majeures au développement d’aéroports intelligents. Cette dernière est nécessaire pour la mise à jour en temps réel des informations, ainsi que pour le développement de services contextualisés, mais elle n’est pas encore largement disponible dans les aéroports. Bien que les usagers aient aujourd’hui massivement une connexion internet mobile dans leur pays d’origine, ils sont cependant très nombreux à faire face à des tarifs prohibitifs en itinérance. Les services wifi aujourd’hui proposés sont encore limités, payants ou peu ergonomiques. Pour autant, cette étape est sine qua non à la création de véritables aéroports intelligents, facilitateurs du parcours client.

Si les projets se multiplient aujourd’hui, ils doivent généralement s’inscrire dans un existant, parfois ancien et conçu sans l’informatique personnelle. Ainsi, les nouveaux aéroports, en projet ou à venir, ont théoriquement une longueur d’avance : pour l’exploiter, il leur faut concevoir dès le début des systèmes informatiques flexibles, intégrant les dernières évolutions technologiques, et inscrire le projet dans une démarche globale respectueuse de l’environnement. Par exemple, le projet du nouvel aéroport de Mexico se positionne dès sa conception comme l’aéroport le « plus durable du monde ». Pour faciliter le parcours des voyageurs, il est ainsi pensé en un seul terminal, construit en forme de X. L’objectif est de rendre plus clair l’organisation de l’aérogare, souvent pensées aujourd’hui comme une enfilade de terminus comptant chacun plusieurs portes d’embarquement. Ensuite, pour réduire les factures liées à l’éclairage et à l’air conditionné, un toit transparent laissera passer la lumière du soleil et quelques filets d’air, améliorant dans le même temps l’expérience des visiteurs. Enfin, des panneaux solaires permettront de capter 50 mégawatts, ce qui représente environ 50% des besoins de l’aéroport.

L’avenir nous dira si cet exemple marque le début d’une nouvelle ère d’aéroports.

 

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