Il y a quelques semaines, un tweet d’Axelle Lemaire relançait, à grande vitesse, le débat du Wi-Fi dans les trains :

WifiTrain_illu1

Dans un précédent article, nous avons revu les offres de wifi des trains européens ainsi que les difficultés techniques rencontrées.  Aujourd’hui, nous nous interrogeons sur les différents usages du Wi-Fi à bord qui conditionnent les technologies utilisées ainsi que sur le modèle économique de l’offre.

La demande de Wi-Fi à bord est-elle réelle?  Peut-on envisager une utilisation de loisir ou seulement professionnelle? Au-delà du fait que les coûts d’investissement sont importants, la rentabilité financière est-elle atteignable ?

Le Wi-Fi à bord: must-have, nice-to-have, ou no-need ?

Le tweet d’Axelle Lemaire n’a pas déclenché que des commentaires enthousiastes. Pour certains internautes, l’absence de Wi-Fi à bord est un non-problème. Selon eux, il s’agit, au mieux, d’un service qui arrive largement derrière d’autres priorités (de confort, de ponctualité), au pire, d’un caprice ! Ainsi, la bataille d’arguments entre les pros et les anti Wi-Fi fait rage.

Du côté des « pros», il y a d’abord cette statistique de la SNCF : « 69% des voyageurs qui ont l’habitude de se connecter pendant leurs déplacements estiment que l’absence de Wi-Fi à bord des trains est gênante ». Et le nombre de ces usagers « ayant l’habitude de se connecter » ne fait qu’augmenter. L’adoption des terminaux nomades (smartphone, tablette) est en forte progression. Internet est devenu un besoin quotidien  de plus en plus utilisé en mobilité. Le Wi-Fi serait alors loin d’être un luxe, particulièrement pour les professionnels. Proposer le Wi-Fi à ces derniers c’est, d’une part, cibler une population davantage en capacité de payer pour ce service. C’est d’autre part, faire face à la concurrence du transport aérien pour qui le segment des voyageurs d’affaires est vital. En bref, le Wi-Fi devient un avantage concurrentiel majeur.  Une autre population à cibler pourrait être les touristes étrangers. La 3G/4G étant rapidement coûteuse pour les déplacements à l’étranger, un touriste pourrait trouver un intérêt à une connexion Wi-Fi même payante.Smartphone addiction concept

Du côté des « antis », le caractère prétendument indispensable d’Internet est remis en cause.

Travailler dans le train c’est gagner en productivité mais le Wi-Fi est-il obligatoire ? Les détracteurs du Wi-Fi mettent en garde contre « l’hyper-connectivité » et identifient d’autres besoins professionnels: amélioration des réseaux de téléphonie pour passer des appels, davantage de rames dédiées à une activité calme et de prises électriques. Sur ce dernier point, une chose est sûre : s’il n’y a plus de batterie, il n’y a plus de Wi-Fi non plus ! Un autre argument consiste à dire que c’est justement parce qu’Internet est omniprésent que le Wi-Fi dans le train est voué à l’échec s’il est payant.  Internet est désormais associé à la gratuité dans l’esprit des usagers, notamment les plus jeunes. Ces usagers  bouderaient un service payant et se contenteraient de leur forfait 3G/4G,  même moins performant.

 

Définir les cas d’usages

Ainsi, pour définir une offre Internet-à-bord pertinente, plusieurs éléments doivent être pris en compte.

  • La durée moyenne du trajet. On peut supposer que, plus un trajet est long, plus le « besoin » d’Internet se fait sentir. Cette durée joue également sur le type de devices embarqués ; un voyageur emporte davantage de terminaux nomades sur un trajet long (ordinateur portable et tablettes notamment)
  • La réticence de l’usager à payer un coût direct pour un accès Internet. La question est presque sociologique. Certaines populations (selon les pays, les âges etc.) sont équipées en terminaux nomades ou habituées à un accès Internet gratuit. Paradoxalement, des usagers très « connectés » n’auront pas nécessairement un besoin fort de Wi-Fi à bord (par exemple, si l’utilisation de la 4G inclus dans leurs forfaits mobiles suffit à l’usage qu’ils font d’Internet)
  • L’usage d’internet attendu par le voyageur. Cela reste le premier critère pour définir une offre adaptée . Un usage basique de type « email et web » peut être apporté par la 3G/4G. S’il y a une demande pour des fonctionnalités plus gourmandes (streaming, jeux en ligne, partage de fichiers, appels vidéos etc.) une autre technologie est nécessaire.

En la matière, les prévisions sont à l’augmentation des besoins en bande passante. Ils vont continuer à croître très fortement dans les dix prochaines années. Les contenus vidéo représentent la majorité de la consommation en bande passante et il est estimé qu’ils représenteront 66% de la consommation totale d’Internet en 2018 (Cisco)

Qui payera l’addition du Wi-Fi à bord?

La SNCF l’indique depuis plusieurs années, ce qui pose problème pour la généralisation du Wi-Fi dans les trains, ce n’est pas tant la question technique que la question  des coûts.

« SNCF n’a pas encore trouvé le modèle économique (satisfaisant pour tous) et ne peut donc pas encore étendre ce service à tout le réseau » (SNCF)

L’installation du Wi-Fi par une liaison satellitaire coûte 350 000€ par rame. Si chaque TGV (450 en tout) doit être équipé, l’addition est colossale, sans compter les coûts d’exploitation et de maintenance ! Pour faire baisser la facture, on peut envisager de ne déployer le Wi-Fi que sur certains trajets en équipant qu’une partie des rames. Mais il reste à étudier l’impact de ce changement sur l’organisation de la SNCF car actuellement chaque rame SNCF peut changer de ligne selon les besoins d’exploitation.

Côté recettes, combien le Wi-Fi dans les trains peut-il rapporter ? Cette question est indissociable de la question « que va payer l’utilisateur et pour quel service ? » Si c’est la gratuité pour tous qui est envisagé, il faut s’attendre à une répercussion sur le prix des billets… La publicité est une autre piste de revenus envisageable. Ainsi, au Danemark, l’opérateur DSB propose une solution wifi dans ses trains de banlieue (S-Rail). Le modèle est en partie financé par de la publicité diffusée sur des écrans d’information installés dans les rames.

DSB Danemark

En conclusion, c’est d’abord l’usage d’Internet attendu par les usagers qui dictera la technologie à utiliser. Concernant le modèle économique de l’offre, si les estimations des coûts sont relativement précises, il y a une forte incertitude sur les moyens de générer les recettes nécessaires à la rentabilité du modèle. Les usagers semblent peu enclins à payer pour un accès Wi-Fi ou à accepter une hausse du prix des billets. Afin de trouver un modèle économique viable il faut parvenir à faire coopérer tous les acteurs qui peuvent participent aux investissements :SNCF, usagers, opérateurs de téléphonie, publicitaires, subventions de l’État.